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Haïti-cinéma-Martissant : des films pour changer l’image d’un quartier défavorisé

« Nous appelons les autorités à se pencher sur les problèmes soulevés dans ces documentaires », a lancé Esaïe Victor, réalisateur de « Dènye mitan », l’un des sept courts-métrages documentaires sur Martissant projetés le 21 octobre à la Fokal.

Cette série de documentaires, réalisés par des jeunes stagiaires d'un atelier de formation en techniques cinématographiques animé par le réalisateur Richard Sénécal (Cousines) au cours de l’été, entre dans le cadre du projet « Mon regard sur Martissant ».

Sept histoires, sept réalités filmées par des jeunes issus d’un quartier marginalisé pour lequel les réalisateurs en herbe espèrent un changement.

« Eritaj Gesner Saint Cyr » conte l’histoire d’un prêtre vodou célèbre de la commune de Martissant. Le feu Gesner Saint Cyr a marqué la zone par sa sagesse, son humanité et sa rectitude. A travers des témoignages, ce film présente le personnage et évoque sa mémoire.

« Martissant, des millions anarchiquement investis », pour sa part, explique le fait que chaque année, des milliers de dollars sont investis dans la construction de maisons à flanc de morne, dans des quartiers sans accès, sans eau, sans électricité. A chaque averse, c'est la panique.

« Koze dlo nan je », l’un des plus émouvants documentaires de cet atelier, raconte le sort des filles qui tombent enceintes de plus en plus jeunes et se retrouvant seules à élever leur enfant. Dans le quartier de Soray, elles ne sont pas rares, ces filles mères, et c'est à la caméra qu'elles confient leur expérience, leurs espoirs et leurs craintes. Quant à « Zo », il fait état du manque d’activités économiques formelles à Martissant. Le chômage fait rage. Les jeunes passent leurs journées en bandes au coin des rues ou autour d'une table de domino ou de clairin. Toutefois, l'espoir de trouver du travail est ténu.

« Lè travay pran plas vagabonday », de son côté, relate les emplois de travaux d'assainissement ou de réfection accordés à des jeunes de la zone par certaines institutions ou ONGs depuis le début du projet de parc botanique à Leclerc.

« Koze fè » dépeint la situation des garçons, enfants, adolescents, livrés à eux-mêmes. Des enfants sans parents en apparence mais pères eux-mêmes parfois. Pour survivre, la débrouille, la récupération de débris métalliques.

Le dernier court-métrage documentaire et non le moindre, « Dènye mitan », rapporte un après-midi de championnat au parc Ste Bernadette. Deux équipes de la zone s'affrontent. Un après-midi comme tant d'autres, jusqu'à l'arrivée de la police. Une mi-temps qui vire vite au cauchemar.

« J’ai appris beaucoup de Martissant et ce travail est louable dans la mesure où il nous fait comprendre une dure réalité souvent ignorée et nous sensibilise », a félicité pour sa part une spectatrice qui souhaite qu’une telle réalisation aille plus loin.

L’ensemble des participants à la projection de ces sept courts-métrages documentaires ont laissé sentir un désir de changement de Martissant dont les jeunes, disent-ils, sont généralement perçus comme des délinquants. « Il y a beaucoup de jeunes là-bas qui sont plein de talents et qui attendent qu’on les écoute et les encadre », a expliqué Jacques Junior Alexandre, réalisateur de « Koze fè ».

Le formateur de ces jeunes, Richard Sénécal, a pour sa part estimé qu’il s’agit d’un travail réussi car partout où ces documentaires ont été projetés, l’accueil est toujours très chaleureux. « Ces jeunes ne sont pas uniquement venus se former en techniques de l'image, du son, de la conception et de la réalisation de films documentaires, ils ont aussi exprimé un point de vue et des besoins, comme celui de changement, a-t-il dit.

Quant au public, poursuit-il, il souhaite que des séminaires de formation soient dispensés avec ces documentaires et propose également la tenue de conférences sur les problèmes posés et un renforcement des liens entre les jeunes. Une proposition appuyée par Lorraine Mangonès, directrice générale de la Fondation connaissances et Liberté (Fokal).

« Mon regard sur la Martissant » entre dans le cadre du projet Parc de Martissant financé par l’Union européenne et la Fokal en collaboration avec la mairie de Port-au-Prince. Rappelons que la formation a été assurée par Richard Sénécal, assisté de Patrick Amazan, Richard Dolin et Grégory Rosier. Le montage est de Patrick Amazan, Richard Sénécal et Richard Dolin.

leopoldcine@yahoo.fr

LC/HPN

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