Par Jonas Laurince
Il est midi, dans une succursale d’une banque commerciale de Port-au-Prince, beaucoup de clients sont venus effectuer leur transaction. Dans cette longue file, les gens attendent impatiemment leur tour pour se rendre à la caisse.
Soudain, un jeune homme bien vêtu les aborde l’un après l’autre. Il ne s’agit cependant ni d’un mendiant ni d’un voleur. Ce jeune homme se présente comme un agent de marketing qui promeut un ouvrage qu’il a produit. Sa stratégie est simple : présenter son produit à un public-cible, les clients d’une banque, qui éventuellement vont faire des retraits.
Quand on lui demande pourquoi il agit ainsi, sa réponse est simple : « C’est pour encourager la jeunesse! »
Si ce jeune homme a ciblé ses clients en allant à la banque, d’autres, depuis plusieurs années ont investi les autobus de transport en commun pour vendre leurs produits. Ils vendent absolument tout : des sucreries, des produits cosmétiques, pharmaceutiques, naturels (médicaments à base de plantes et autres) etc.
Les habitués du transport en commun (de la zone métropolitaine et des villes de province) connaissent bien la chanson. Les agents de marketing s’introduisent toujours par une salutation. Ils poursuivent, s’ils sont chrétiens protestants, par une brève méditation encourageant les passagers à accepter Jésus comme leur Sauveur, pour ensuite présenter leurs produits en baratinant leurs auditeurs,le plus souvent crédules.
Ils terminent toujours par une « spéciale vente » au cours de laquelle une devinette est adressée à l’ensemble des passagers. Celui ou celle qui la répond correctement achètera les produits prétendument vendus à prix réduit.
Certains passagers attendent toujours ces moments qui sont pour eux une sorte d’aubaine. « Les questions sont faciles et j’en profite pour acheter des produits qu’on ne trouve nulle part ailleurs à ce prix », se réjouit une jeune femme qui a répondu aux 3 questions posées par l’agent de marketing dont le sachet noir en plastique est rempli de produits hétéroclites.
Dans une ambiance bon enfant, ces agents de marketing communiquent aisément avec les passagers qui acceptent sans problème d’être « dérangés » au cours du trajet. Ou encore de faire passer produits et argent de main en main du vendeur aux passagers-acheteurs. « Les Haïtiens sont très serviables », s’étonne un Guyanais qui se dit surpris de cette « ambiance fraternelle ».
De l’avis de certains, ce genre de commerce est à encourager, puisque ça permet aux gens d’être autonomes dans un pays où le chômage frappe la majorité des habitants.
Cependant, bien des observateurs s’interrogent sur la validité de ces produits dont certains sont importés et d’autres fabriqués sur le terroir.
Pour d'autres, ces sont les anciens vendeurs ambulants de médicaments qui se sont reconvertis dans le "marketing".
jonaslaurince@yahoo.fr