Par Jonas Laurince
« Gad jon nasyon engra, Fanm Engra » (que la gent féminine est ingrate) est devenu un en peu de temps un tube. Cette chanson du rap haïtien avec d’autres telles : « Kolabo Charogne », « Sans Culotte », … font la joie des jeunes dans des programmes culturels comme « Ti sourit » (petite souris), les journées récréatives, ou encore dans les tap-tap et les particuliers qui les diffusent sans se soucier d’autrui.
Côté musical, « Fanm Engra » est bien rythmé. Les mots sont bien choisis pour rimer. Cependant le contenu est tout à fait grotesque. Les oreilles chastes auraient du mal à l’écouter, ne serait-ce que pour quelques secondes.
Dans cette chanson, l’auteur, un certain Fòseyè (faux seigneur), adresse des reproches à son ex qui l’a trompé pour aller vivre avec un autre homme. Des diatribes à l’encontre de cette « femme ingrate » pendant 4 minutes et 32 secondes. Le corps de la femme n’est pas épargné.
Ce qui est contradictoire dans tout cela, c’est que la plupart des femmes admirent cette chanson malgré les insultes à l’encontre de la gent féminine. « Les femmes pour la plupart sont trop ingrates et infidèles envers leurs maris, c’est bien de les dénoncer » commente Sandra une secrétaire qui travaille dans une institution publique de la capitale. « Fanm Engra semble avoir plus de fans chez les femmes que chez nous autres hommes », renchérit Andral, un jeune riverain de Diquini (Carrefour).
Problème linguistique?
Cependant beaucoup de gens sont mécontents du fait que cette chanson ne soit pas diffusée à la radio. « Les musiques d’Eminem (un rappeur américain) sont diffusées sans problème dans les stations de radio haïtiennes alors que leurs contenus sont équivalents avec celui de Fanm Engra », regrette Ice-Lenium, un jeune rappeur de Diquini, qui pense que c’est un problème entre les langues étrangères et le Créole. « Dès qu’il s’agit des mots comme « shit ou merde », « fuck ou baiser », … il n’y a pas de problème à les diffuser alors que l’équivalent créole est condamnable », fait-il remarquer.
« Fanm Engra », comme beaucoup de musique rap ou autres du même genre continuent de faire rire les uns, consoler d’autres – à en croire un jeune homme qui vient de rompre avec son ex, « cette chanson m’a donné la force de surmonter cette rupture », commente-t-il. Cependant cette musique suscite des critiques de la part des féministes ou encore dans les milieux conservateurs.
Le ministère de la Culture et celui de l’Éducation n’auront-ils pas leur mot à dire concernant la diffusion des chansons étrangères dont le contenu équivaut à celui de « Fanm Engra »? Un débat sur le Créole comme langue maternelle des Haïtiennes et des Haïtiens n’est-il pas important?
Cette chanson du rap créole ou encore de celles existant dans le passé comme par exemple les musiques de Coupé Cloué, prouvent à quel point notre société est complexée vis-à-vis de notre Créole. Comme l’a affirmé ce jeune rappeur de Diquini.
jonaslaurince@yahoo.fr